Pierre Chauvin de Tonnetuit - La Fondation de Québec

Rechercher dans ce site
Aller au contenu

Menu principal :

Pierre Chauvin de Tonnetuit

Portraits
Maison de Pierre Chauvin à Honfleur
Pierre Chauvin, sieur de Tonnetuit

Pierre Chauvin est né à Dieppe, Normandie, vers 1540 d'une famille aisée de commerçants.

Famille aisée et famille protestante - on dit Huguenots lors des guerres de religion - ce qui apparemment favorisera les relations de Pierre avec quelques personnages influents et avec la cour. Bien que Henri IV ait abjuré définitivement le protestantisme en 1593, l'Edit de Nantes en 1598 assouplit pour un temps la cohabitation des deux religions et les anciens soutiens de Henri de Navarre contre la Sainte Ligue sont très en cour auprès du roi...
Vers 1570 il épouse Jeanne Mallemouche dont il a un fils, François, puis vers 1590 il se remarie avec Marie Brinon.

On ne sait trop dire si Pierre Chauvin est plus commerçant que militaire ! Rien de très étonnant pour l'époque où, lorsque qu'on jouit d"une certaine richesse autant que de la réputation familliale, on a quelques facilités... Chauvin est donc entré dans la carrière militaire tout en gérant quelques autres affaires. On le trouve ainsi capitaine d'une compagnie de gens de pieds puis capitaine de marine en 1583 sous le commandement du vice-amiral Aymar de Chaste, lors de la bataille des Açores en 1582 où la France, alliée des Portugais, s'illustre par une défaite mémorable.
Plus tard, en 1589-90, Chauvin est capitaine de la garnison de Honfleur, une place qui a beaucoup souffert lors des guerres de religion, mais finalement reprise par Henri IV en 1590. La ville est prospère, le port très actif est une base de commerce et d'expéditions... Et Chauvin qui possède 4 navires solides, Le don de Dieu, L'espérance, Le Bon-espoir et Le saint-Jean, participe à des activités de rapport, telles que la pêche à la morue vers Terre-Neuve ou le commerce des fourrures avec les peuples du Canada connus depuis Jacques Cartier.


Tonnetuit... Vous avez dit Tonnetuit ?

Aujourd'hui Tontuit, sur la commune de Saint-Benoît d'Hébertot dans le Calvados, Tonnetuit était au 17è siécle une paroisse où Chauvin fit l'acquisition de quelques terres et vraisemblablement d'une demeure, à une quinzaine de kilomètres de Honfleur sur l'ancienne forêt de Touque. C'est la duchesse de Longueville qui lui en aurait vendu les rentes seigneuriales... Pierre Chauvin fut donc "sieur" de Tonnetuit, sans pour autant posséder de titre de noblesse...

Le poste de traite de Chauvin à Tadoussac
(Reconstitution)
Un commerçant aventurier

Parmi ses relations, Chauvin compte un certain François Gravé, sieur du Pont ; un marchand navigateur établi à Saint-Malo, négociant en fourrures qui commerce déjà avec les autochtones du Canada. Souhaitant s'associer avec Chauvin, le sieur du Pont lui suggère de solliciter auprès du roi un monopole de traite qui lui est accordé en 1599.  Mais cela n'ira pas sans mal : la concurrence des autres marchands se manifestera avec suffisamment d'énergie pour que ce monopole royal soit sensiblement modifié en janvier 1600 ; et c'est en tant que lieutenant du Breton Troilus de La Roche, marquis de Mesgouez, qu'il va poursuivre ses activités, avec obligation d'installer une colonie permanente au Canada et d'y favoriser l'enseignement de la religion catholique. Par manque de temps ou de conviction, il n'en fera rien...
Au printemps 1600, Pierre Chauvin affrète donc ses quatre navires et part de Honfleur en compagnie d'une trentaine d'hommes ainsi que de son associé François Gravé et de Pierre du Gua, sieur de Monts. Contre l'avis de ses compagnons, il choisit d'établir un camp à Tadoussac, au débouché de la rivière Saguenay dans le Saint-Laurent. C'est une cabane presque carrée de 8 mètres sur 6 environ où une trentaine d'hommes vont travailler, séjourner et négocier des peaux auprès des amérindiens qui passent là pour commercer...

Tadoussac...

Tadoussac tient son nom d'une particularité topographique : de part et d'autre de l'embouchure du Saguenay, là où précisément viennent se nourrir les baleines, s'élèvent deux collines évoquant une paire de mamelles... Eléments d'une métaphore nourricière que la langue des Montagnais, l'innu, traduit par Tatouskak. Mais le lieu, reconnu déjà par Jacques Cartier en 1535, présente un intérêt plus pragmatique pour les marchands européens : c'est là que précisément différents peuples amérindiens venant du Saint-Laurent ou de la vallée du Saguenay se rencontrent pour commercer. Une sorte de foire où Chauvin a toutes les chances d'etablir de bonnes relations avec des vendeurs de fourrures.
Revers de la médaille : il fait à Tadoussac un froid beaucoup plus vif qu'en amont et la terre est peu propice à la culture. Deux inconvénients majeurs pour la survie des colons pendant l'hiver : Chauvin y installe malgré tout son poste de traite au printemps. Il fait prospérer son affaire et repart à l'automne pour la France laissant sur place quinze hommes dont cinq seulement survivront à la période hivernale...
Au printemps suivant, Chauvin n'envoie qu'un seul navire et se dispense du voyage. Une nouvelle saison de commerce passe et forts de l'expérience précédente, les colons abandonnent le poste pour l'hiver. En avril 1602 cependant, Pierre Chauvin revient avec deux navires pour une nouvelle saison et rentre en Europe en octobre. Le bilan global semble assez maigre et Chauvin doit faire face tant aux protestations de ses concurrents qu'aux doutes émis par Henri IV qui attend une véritable colonisation...

poste avancé

Pierre Chauvin meurt à Honfleur en février 1603 dans une situation financière désastreuse. Le monopole est alors octroyé à Aymar de Chaste qui affrète trois navires au printemps avec mission de trouver un lieu plus propice à l'établissement d'une colonie permanente. Il est accompagné par Samuel Champlain qui fondera Québec 5 ans plus tard...
Mais l'œuvre de Pierre Chauvin n'est pas insignifiante. Par son commerce il a permis d'établir officiellement des relations avec les peuples autochtones. Les Montagnais, puis les Algonquins, qui sont en guerre contre les Iroquois depuis des lustres voient dans la présence des Français la possibilité d’une alliance : sans céder de territoire ils concèdent aux Européens la possibilité de faire leur commerce en échange d’un soutien armé. C’est ce qu’on appelle le “Traité de Tadoussac“ astucieusement négocié en 1603 par le chef Anadabijou.
Et cette alliance qui va perdurer explique aussi pourquoi pendant des années l’entente avec les peuples amérindiens sera plus ou moins cordiale, tandis que les Iroquois vont s’allier aux Anglais…


 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu