Traces d'histoire... Au printemps - La Fondation de Québec

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Traces d'histoire... Au printemps

Traces...
La cabane de Pierre Chauvin Tadoussac - 1600 - (Reconstitution)
 
Aube québécoise...


La brume sur le lac, la nuit.
Canotage vers la noirceur : je ne vois même pas la surface de l'eau et ne la devine que par le reflet des étoiles. J'avironne dans le ciel ! J'irai dormir tard, bercé par le chant des criquets et le coassement des anoures...

Réveil à 4 heures du matin : j'ouvre les yeux sur le Nouveau Monde.
Aurore pâle, l'Est s'illumine de lueurs laiteuses. Étrange partition d'oiseaux qui n'ont pas notre accent, le merle d'Amérique... Et puis le huard... Je suis sur l'île de Pierre…

Sur la Côte Sud du Saint-Laurent, m'avait-il dit, aux environs de Saint-Jean-Port-Joli, tu montes vers Saint-Aubert.  Après quelques kilomètres, tu verras, c'est à droite...


L'île de Pierre est une propriété familiale depuis quatre générations. Aujourd'hui, chacun y aménage son petit bout de terrain et prenant la suite des ancêtres, construit sa cabane, ajoute, complète, restaure... et soigne de petits "jardins" qui sont ici de simples massifs savamment organisés au milieu de la flore autochtone.
Promiscuité paradoxale pour l'immense Québec. Et paradoxe dans tous les sens : on s'isole, mais les voisins sont là, "la famille", invisibles ou presque. On peut gratter sa terre à deux mètres de la cousine Monique sans lui dire un mot...
Curieux sentiment que celui que j'éprouve ! Solitude, isolement... Sans doute, mais autre chose encore. L'impression d'être au cœur-même de l'identité québécoise. Le mythe de la Cabane qui participe du mythe fondateur... Tous les Québécois dit-on, ont une cabane au bord d'un lac... Ils y vont au printemps, l'été, l'automne et l'hiver aussi... Tout cela dans la parfaite ignorance de l'autre, malgré quelques visites rituelles que l'on se rend, le soir, pour prendre quelques nouvelles et se moquer gentiment du travail du voisin. Personne ne tiendra compte des remarques de l'autre et tout le monde le sait…
Que va-t-on chercher dans sa cabane ? Le repos, l'isolement, quelques loisirs... Et peut-être plus... L'organisation d'un territoire où l'on refait le monde à son image. Je vois là un rituel, la répétition d'un acte sacré. La cabane, est une réplique de la Fondation, la reproduction à sa propre échelle des premiers comportements : s'abriter, s'organiser, se rendre autonome et aménager la nature autour de soi. Et donc toujours, rejouer des comportements anciens, rajouter une strate sur les travaux de la génération précédente...

Forêt virginale...
Je roule sur la "pointe des pneus", prenant garde de ne pas déranger l'ordre de ce paradis. A droite ? A droite ! Un chemin de terre qui finit sur un vieux ponton de bois. Un lac...
Le Lac Trois-Saumons... Au milieu du lac, une île. Minuscule. C'est l'île de Pierre. Pierre, qui vient là depuis des années, a hérité de la cabane construite par son arrière grand père. Bricolage, jardinage, aménagements sans fin. Pierre entretient son territoire... Pour se reposer, dit-il, pour passer le temps.
"Passer le temps"... Comme on passe un pont !
Et se retrouver ailleurs, dans un autre temps où chaque geste tient de la coutume, où la répétition de conduites ordinaires sacralise l'espace : l'île de Pierre est un temple. Le centre du monde, un monde qu'il recrée chaque jour.

- Sais-tu, Pierre, ce que tu fais dans cette cabane chaque fin de semaine ?
- Tu vois... Je me repose, je réfléchis... Je me ressource peut-être...
- Plus encore ! Pierre, tu refais le monde ! Tu reproduis la même chose que tes ancêtres : tu traverses, tu débarques, tu défriches, tu plantes, tu construis... Tu refais ton monde.
- Ah ! Mon Dieu ! Si j'avais 20 ans, oui je referais le monde !
Mais peut-être as-tu raison… C'est çà... Ma cabane, c’est mon centre du monde.

Carnets de voyage...
 
 
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