Traces d'histoire... En été - La Fondation de Québec

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Traces d'histoire... En été

Traces...
Les drapeaux des régiments de Montcalm à Vauvert, dans le Gard.
 
Les drapeaux de Montcalm


Certains souvenirs de ma mère remontaient au lendemain de la Grande Guerre... Sans pouvoir le dater précisément, elle évoquait souvent ce qui fut dans son enfance un fameux événement pour son village natal dans le Gard, près de Nîmes...
Un jour, vinrent à
Vauvert des Canadiens qui remirent en grande pompe aux autorités religieuses, des drapeaux d'un autre âge que l'on exposa pieusement dans l'église. Je n'ai pas vécu au village maternel, mais je me souviens de ces étendards accrochés dans le choeur : ils faseyaient mollement dans les courants d'air et caressaient parfois, à l'office de vêpres, le crâne canonique d'un Chanoine somnolant dans sa stalle... A l'occasion, ma mère fredonnait encore : "Ô Canada! Terre de nos aïeux, ton front est ceint de fleurons glorieux ! Car ton bras sait porter l'épée, il sait porter la croix ! " Mais d'une fête votive à une autre, on finit par ne plus trop savoir pourquoi ils étaient là...

- Les drapeaux des Canadiens, disait-on.
- Quels Canadiens ?
- Mais ceux de Candiac, tu sais bien... Les Canadiens français...


Dans l'accent local qui me quittait déjà, j'entendais "Candillaque" ...
Candiac, ce n'était pour moi qu'un repère, le dernier hameau que l'on traversait sur la route des vacances, avant d'apercevoir au loin ma grand-mère qui guettait devant sa porte et semblait nous attendre là depuis le dernier été. On parlait bien d'un château, mais je n'y voyais, entre le Vistre et le Chemin des Canaux, qu'un grand mas recuit par le soleil, montant la garde au milieu des vignes et d'où ne sortit jamais un seul Canadien pour me raconter l'histoire des drapeaux. Ce n'est que plus tard que j'appris qu'il s'agissait de répliques en soie des bannières des sept régiments qui composaient l'armée du Marquis de Montcalm. Louis Joseph de Montcalm de Saint-Véran, né en 1712 au château de Candiac, baptisé en l'église de Vauvert l'année suivante. Avec quelques hommes du pays, Montcalm à qui l'on avait confié le commandement de l'armée française en Amérique septentrionale, partit au Canada en 1756 se battre contre les Anglais et les Iroquois pour défendre la Nouvelle-France...
Il y est mort trois ans plus tard, battu à plate couture aux portes de Québec. L'armée, dans sa retraite l'année suivante, brûla ses drapeaux. Et 164 ans après, le 15 août 1923, des Canadiens français venaient à Vauvert témoigner leur reconnaissance à la paroisse qui avait baptisé le général défait...

Voilà qui explique tout ! Y compris pourquoi pas, mon intérêt pour ces contrées lointaines dont j'entendaiss parler depuis ma petite enfance. Puis les drapeaux ont disparu : lors d'une rénovation de l'église, un curé moderne les remisa dans la "salle des drapeaux" où ils dorment encore. Dommage ! Je militerais volontiers pour leur retour dans le choeur ! Avec eux s'avivaient mes souvenirs et tremblotait l'image de Maria Chapdelaine dont ma mère me contait parfois l'attente résignée sur les rives du Lac Saint-Jean...

 
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