Insaisissable Champlain ! - La Fondation de Québec

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Insaisissable Champlain !

Portraits
Un état-civil brumeux...

Samuel Champlain, fils d'Antoine Champlain et de Marguerite Leroy, est né entre 1570 et 1577 à Brouage... Date de naissance incertaine, donc. Seul un certificat de baptême protestant daté de 1574 à La Rochelle pourrait préciser les choses. Mais voilà que ce document et quelques autres donnent au père Champlain d'autres patronymes possibles : Chapeleau, Chappelin, Chappelain... Samuel se serait appelé Chapeleau, Québec en eût-elle été changée ?

Son enfance, il la passe dans ce petit port de Saintonge dont la mer s'est aujourd'hui retirée. Brouage était au XVIe siècle un port de commerce et un port de guerre mais on y armait également des navires pour la grande pêche à Terre-Neuve. Antoine Champlain, le père, était capitaine de marine et pêcheur en haute mer. C'est dans ce contexte que Samuel grandit.

Enfance mystérieuse. Où a-t-il appris à écrire, à dessiner ? Présenté comme cartographe lorsqu'il se trouve à la cour, comment a-t-il acquis ses connaissances... Auprès de ce fameux oncle dit le Capitaine provençal  et dont on ne sait rien ?

Une rapide carrière militaire...

A l'age de 18 ou 20 ans, en mars 1595 quoiqu'il en soit, On retrouve la trace de Samuel Champlain comme fourrier dans l’armée royale de Bretagne... En 1597, il est enseigne (capitaine) d’une compagnie en garnison à Blavet, dans la région de Quimper. Il termine la guerre comme maréchal des logis. Sans emploi particulier, il embarque alors sur le navire de son oncle Guillaume Allene, dit "le capitaine provençal", corsaire au service du roi de France. C'est ainsi qu'il voyage vers l'Espagne, les Indes Occidentales (Mexique, Pérou peut-être...)  A la mort de son oncle en 1601, Champlain reçoit en héritage une propriété près de La Rochelle. Au même moment, il se retrouve pensionné à la cour d'Henri IV. Voilà qui va le mettre à l'abri du besoin !

Le fondateur de Québec

De 1603 jusqu’à sa mort, le 25 décembre 1635, Champlain ne s’occupe plus que de développer et faire prospérer la colonie de Nouvelle France. Il s’efforce en France d’informer les nobles et les bourgeois : ses comptes rendus de voyage publiés en 4 volumes successifs sont autant des mémoires que des outils promotionnels.
Au fil des années, il est représentant des vice-rois puis du Cardinal de Richelieu, actionnaire de la Compagnie des Cent-Associés et Gouverneur de Québec.
Champlain traversera 22 fois l’Atlantique… A l’occasion de ses séjours et de ses expéditions au Canada, il rédige six ouvrages dont quatre sur le Canada et réalise 70 dessins ou cartes. Il est aussi l’auteur d’un Traité de la marine et du devoir d'un bon marinier.

Les portraits de Champlain
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La tête à Champlain...

Parmi les mystères anecdotiques qui entourent le personnage de Champlain, il en est un fort plaisant, celui de son allure physique. Mais quelle tête avait donc Champlain ?
Les portraits ne manquent pas, y compris dans les livres d'histoire, dont le plus célèbre donne à ce pauvre Samuel l'air d'un triste ecclésiastique un peu gras. On le doit à Balthazar Montcornet  (1598-1668). Malheureusement c'est un faux ! Plus exactement, c'est le portrait de quelqu'un d'autre, un certain Michel Particelli, financier du roi… Mais la plaisanterie ne s'arrête pas là puisque de cette gravure du XVIIe siècle va être copiée et recopiée à l'envie… On attribue à Louis Ducornet la "première" copie qui ne diffère guère de l'original. Ajoutons à la succulence de l'histoire que ce Ducornet, gravement handicapé, n'avait pas de bras et qu'il peignait avec ses pieds où d'ailleurs il n'avait que quatre orteils… Mais Ducornet n'est pour rien dans ce "plagiat" : selon Jean Liebel, c'est Paul-Louis Morin qui l'aurait exécuté vers 1850, copié à son tour par le Canadien Théophile Hamel vers 1860.
Quant aux autres représentations de Champlain, peintures et sculptures, elles sont toutes imaginaires, campant un fier personnage qui ne déparerait pas dans les histoires d'Alexandre Dumas ! De quoi faire se retourner Samuel Champlain dans sa tombe…


Le tombeau de Champlain

Parmi les énigmes entourant le personnage de Champlain, celle de sa sépulture n'est pas la moindre ! L'histoire rapporte peu de chose à ce sujet : au lendemain de sa mort, Champlain est inhumé dans une tombe apparemment ordinaire et ce n'est que l'année suivante en 1636, que le Gouverneur de Montmagny décide de faire construire une chapelle pour abriter sa dépouille. Las ! Quatre ans plus tard, un incendie dévaste l'édifice que l'on fait reconstruire les mois qui suivent...
On ne sait malheureusement rien ou presque, à propos de l'emplacement exact du bâtiment connu sous le nom de "Chapelle de Champlain" mais dont le temps va faire disparaître les traces. Curieusement, la question ne semble préoccuper personne, jusqu'en 1854 où la découverte par deux écclésiastiques de vestiges et d'ossements sous l'Escalier Casse-cou (en haut de la rue du Petit Champlain à Québec) lance le débat et du même coup une querelle d'experts dite "Querelle des Antiquaires". Car les vestiges ne sont pas ceux de l'Eglise Notre-Dame de Recouvrance - ou de la Chapelle Champlain - et les ossements sont vraisemblablement ceux de religieux enterrés là on ne sait trop quand... [1]
A la moitié du XXe siècle, on finira par trouver rue de Buade ce que l'on croit être les vestiges de Notre-Dame de Recouvrance... Hélas, l'absence de sépulture oblige à examiner d'autres thèses, et notamment le transfert à une date inconnue des restes de Champlain dans la crypte de la cathédrale de Québec.

La querelle des Antiquaires

C'est à la fin des années 70 que René Lévesque, géographe, historien, archéologue amateur et théologien de formation affectueusement appelé "l'abbé" par ses amis, apparaît dans le paysage... Secondé par son disciple Charles Beaudry, Lévesque entreprend des fouilles vaguement clandestines dans la crypte de la cathédrale et finit par y découvrir, sous la chapelle Saint-Joseph, un cercueil non identifié. On est à deux doigts de crier victoire !
Hélas ! Les autorités s'opposent à l'ouverture du cercueil dont on finira par apprendre qu'il contient la dépouille d'un Jésuite trépassé en 1879...
Mais René Lévesque qui est un passionné, qui a la foi de ceux qui "pressentent quelque chose" et qui de plus est animé par le devoir de rendre son Père à la nation québécoise, ne s'avouera jamais vaincu ! En 1989, il revient à la thèse d'une sépulture enfouie dans les ruines d'une chapelle du XVIIe siècle, quelque part sous la rue de Buade... Où précisément ? On se pose encore la question.
Mais de guerre lasse et pour calmer la fièvre politique qu'elle sent monter, la Mairie engage une campagne de fouilles qui se terminent de façon assez cocasse... dans la chambre froide d'un restaurateur !
Malgré la disparition en 2007 de René Lévesque, l'affaire n'est pas terminée. Quelques chercheurs veillent et tentent de trouver l'emplacement exact de cette Chapelle... [2]

Samuel Champlain ou "de" Champlain ?

La particule qui n'est pas forcément une marque de noblesse, pourrait faire débat à propos de Champlain. Rien n'indique en effet qu'il fût noble de naissance, ce qui d'ailleurs paraît douteux. Ses premiers ouvrages sont signés sans particule et lui même signe Champlain tout court. Le de Champlain apparaît dans ses publications suivantes, un peu comme si sa notoriété naissante lui permettait de s'accorder cette forme de coquetterie ! L'usage était assez répandu dès lors que l'on possédait quelque terre, une seigneurie, ou que l'on jouissait une distinction particulière. Usage que l'on retrouve plus tard chez bon nombre d'écrivains : Voltaire signe parfois de Voltaire, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais emprunte son nom à une propriété de son épouse, Balzac devient Honoré de...
Il n'existe actuellement aucun document accréditant la thèse selon laquelle Champlain aurait été anobli lorsqu'il eût la charge de Québec. Nous avons noté que le Grand Robert des noms propres (Direction Alain Rey, édition 1986) cite Samuel Champlain, sans particule. Il semblerait que cette forme simple ait été adoptée par l'enseignement français de l'histoire, alors que nos amis canadiens et plus particulièrement les Québécois lui préfèrent la forme noble, inhérente à la personnalité du fondateur de Québec. A défaut d'être anobli, Samuel de Champlain est ainsi ennobli...

Notes et liens utiles...

[1] Sylvie Sagnes, Chargée de recherches CNRS, France :  Le tombeau de Champlain
[2]
Pierre Dubeau - Comité Champlain 2008 : Chronologie de la recherche de la Chapelle Champlain

 
 
 
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